lundi 26 juin 2017

HUSTLER 1985

"L'atmosphère est hautement urbaine, grise et bétonnée."

HUSTLER : Now Or Never 1985

C'est un fantastique hasard, le genre d'histoire un peu magique. Du haut de ma petite réputation d'écrivain Rock, je me rends dans un bar à l'ambiance métallique connu sur la région parisienne avec des amis afin de dédicacer quelques exemplaires de mon ouvrage sur Fast Eddie Clarke. L'objectif principal est davantage d'aller descendre quelques pintes entre amis, mais néanmoins, trois exemplaires m'attendent : celui du patron, Ritchie, celui d'un de ses amis, et un autre bonhomme, un certain Jérôme. Ritchie et Jérôme se connaissent depuis les années 80. Tout deux cinquantenaires, le premier est chauve, le second chevelu, un peu poivre et sel. Ils se sont connus dans la file d'attente d'un des premiers concerts de Motorhead sur Paris en 1979, qu'ils ont vu des dizaines de fois sur scène avant que le grand Lemmy Kilmister ne nous quitte.
Je discute bientôt abondamment avec le très sympathique Jérôme, barbiche, lunettes noires aviateur, bottes de moto et blouson de cuir. Nous parlons de Fast Eddie Clarke, dissertons sur son jeu de guitare fabuleux, notre découverte et nos impressions personnelles sur les albums de Motorhead avec Fast Eddie. La discussion dériva sur le Hard-Rock français, et le groupe Vulcain qu'il connaissait personnellement. Un personnage, ce Jérôme, assurément. Le temps s'écoule, et je crois bien que nous échangeons presque une heure avant de rejoindre nos amis respectifs. Je rejoins mon petit groupe, parlons de choses et d'autres et la soirée avance tranquillement dans la bonne humeur et les vapeurs de bière.

Il se fait tard lorsque Jérôme revient vers moi après un passage aux toilettes. L'élocution un peu brouillée par l'alcool, il m'annonce négligemment qu'il a fait partie d'un groupe dans les années 80 qui sortit un album. La formation s'appelait Hustler, et Jérôme compara le résultat studio avec l'album On Parole de Motorhead. Dans sa tête, il s'agissait d'un disque avec de bonnes chansons mais à la prise de son comme à l'interprétation sommaire. Il me lança tout cela avec un air un peu gêné, ce qui pour moi signifiait clairement qu'il ne s'agissait pas d'un disque inoubliable, ou en tout cas d'un objet dont il n'était pas particulièrement fier. Nous plaisantâmes ensemble sur le sujet, et moi le premier, la vanne facile en bouche. Rapidement, ce fameux disque fantôme était assurément un sordide objet, une sorte de pochade sonore sans intérêt, une casserole que Jérôme n'aimait sans doute pas trop ressortir. Nous riâmes à gorges déployées sur le sujet, mais je sentais bien au fond que malgré l'apparent manque de fierté, Jérôme semblait un peu triste.
Quelques heures plus tard, nous quittâmes les lieux à la fermeture, le palais épais. Je saluai chaleureusement Ritchie pour son accueil, et Jérôme pour sa sympathie et la très agréable discussion passionnée sur Fast Eddie Clarke. J'en profitai au passage pour avoir quelques informations supplémentaires sur le disque de Hustler, piqué de curiosité. Il devait être sortir autour de 1985, il s'appelait Now Or Never, il n'en possédait qu'un exemplaire chez lui, et un autre chez sa mère, comme il ajouta en plaisantant. L'objet semblait sans doute introuvable, mais internet offre bien des surprises, et il n'était pas impossible qu'un fan de Hard-Rock français obscur en ait mis quelques morceaux piqués sur le 33 tours en ligne.

Quelques jours passèrent, et puis je cherchai le groupe, puis le disque. Il existait bien, le groupe s'appelait bien Hustler, et l'album Now Or Never, paru en 1985 sur le label Axe Killer. Quelques titres sont disponibles en écoute sur le net, je me lance. Et c'est la claque. Hustler n'est pas un groupe risible. Il n'est pas plus un clone grotesque de Motorhead. C'est un quatuor de Hard-Rock râpeux totalement atypique, musicalement condamné à l'échec commercial en 1985, pas du tout dans l'air du temps. Mais les quelques morceaux que j'entends sont stupéfiants de mordant et d'efficacité. Ni une ni deux, je contacte Ritchie sur un réseau social, et je lui demande de présenter mes excuses les plus plates à Jérôme pour avoir pris de haut son groupe et son album, car le résultat n'est en fait pas du tout risible, bien au contraire.
C'est Jérôme qui me répondit, ému du compliment, et me donna son numéro de téléphone. Lui, c'est Jérôme Serapiglia, chanteur-guitariste de Hustler, quatuor parisien de Hard-Rock tranchant. C'est une histoire assez classique : quatre garçons de la région parisienne, fans de Heavy-Metal, et de Motorhead notamment, forment un groupe. Le Hard-Rock en France est populaire, avec une scène vivace, et plusieurs groupes qui peuvent se vanter de faire partie de la grande histoire du Rock : Trust, Océan, Satan Jokers, Warning, Vulcain, Sortilège, ADX….. Peu en vivent de manière professionnelle, car le Heavy-Metal en français ne s'exporte pas, et la France ne tolère pas plus d'un groupe par genre musical. Pour le Hard, c'est Trust, point final. Les autres n'ont qu'à ramasser des miettes, supportés à bout de bras par les fans et la presse spécialisée, dont Best et Enfer, qui assurent la promotion de ses héros métalliques nationaux. Hustler apparaît dans cet horizon, mais avec une musique qui d'entrée ne colle pas.

Tous s'inspirent allégrement des grands noms du Heavy-Metal international, dans la musique comme dans le look : Judas Priest, Iron Maiden, Motorhead, Scorpions…. Ce qui leur permet d'attirer les fans de Metal nationaux, qui retrouvent dans ces formations françaises ce qu'ils aiment chez les groupes étrangers. Hustler ne fait pas partie de ce courant. Le quatuor s'inspire certes de Motorhead, mais de manière assez lointaine, conservant ce côté Heavy-Metal brut teinté de Punk qui faisait l'âme du trio de Lemmy sur son premier disque éponyme en 1977. C'est un Rock dur, barbelé, gavé de Blues psychédélique et de Rock'N'Roll sixties. Hustler y injecte une énorme dose de Hard-Rock'N'Roll de Detroit, celui de MC5 et des Stooges, sources d'inspiration majeures. On y retrouve aussi l'atmosphère acide et électrique des pionniers de l'électricité sauvage et contestataire anglaise, celle de Hawkwind, Pink Fairies et Stray. Autant dire que les références sont aussi pointues que totalement anachroniques en 1985. Un autre groupe français portera ce genre de Rock : Wild Child, avec un premier album un an plus tôt, Death Trip, mais plus ouvertement teinté de Stooges et surtout de New York Dolls. La chose manque pourtant de la tripe fumante qui se dégage de cet album dont le mot d'ordre est brutalité.

L'atmosphère est hautement urbaine, grise et bétonnée. C'est le reflet tout à fait apocalyptique la banlieue parisienne, amoncellement de grandes barres d'immeubles HLM coincées entre autoroutes et voies ferrées. Jérôme Serapiglia assure guitare et chant, Phil Marchal la basse, Olivier Mauer la seconde guitare, et Laurent Lafont la batterie. Ils sont signés par le label Axe Killer à l'automne 1984 et entre en studio dans la foulée pour capter ce premier disque qui paraît en février 1985. Hustler obtient le soutien d'Enfer Magazine qui ne tarit pas d'éloge sur ce MC5 français.
Le son de l'album est cru, jeté brutalement sur la bande, sans fioriture. Il ressemble à ces albums de Heavy-Rock psychédélique obscurs du début des années 70. « Too Drunk » qui ouvre le disque, est une brutale entrée en matière, quasi-Punk. La voix de Jérôme Serapiglia est narquoise, nasillarde, mais toujours juste. Il décoche un petit solo vif glougloutant de wah-wah fumeuse.
S'en suit deux merveilles de Hard-Rock'N'Roll : « Weary Girl » et « No Reason ». Le premier a le tempo vif mais carré, doté d'un riff méchant, et d'un refrain entêtant. Le solo se cale sur la ride de la batterie. La guitare rythmique tient le morceau comme le faisait la basse de Lemmy dans Motorhead pendant que Fast Eddie partait en solo, jouant une rythmique grondante, tendue. « No Reason » est un impeccable Heavy-Blues. Mid-tempo, riff majeur, à l'ambiance sombre mais bravache. Le riff est obsessionnel, on se prend à le siffloter, les mains dans les poches, bravant la pluie, battant le pavé, le regard décidé.
« I've Got Speed » revient sur les terres du Motorhead débutant, tempo speed, refrain en slogan. Efficace, il ne surpasse pourtant pas ni son prédécesseur, ni son successeur : « Right On Your Skull ». Totalement sur les terres des Pink Fairies et de MC5, le rythme est bien campé sur ses deux jambes. Le riff est équarri sans pitié, grondant, barbelé, comme une baffe à chaque powerchord. Le solo s'envole dans la brume du matin, soutenu par une guitare rythmique géniale qui s'élève aussi vers le ciel, pour soutenir la montée d'adrénaline. Scandé, « Right To Your Skull » est une merveille, un immense moment de pur Hard-Rock'N'Roll.

« Anyway » est un nouveau petit détour par Motorhead réussi, martelé et entêtant. « Dead In Shade » est la troisième partie de la série d'Electric Blues poisseux débutée avec « No Reason » et « Right To Your Skull ». Il traîne un spleen obsédant sur ces morceaux ravageurs. Ca sent la moiteur du métro parisien après la pluie, cette odeur âcre des bas-fonds urbains. Beaucoup de groupes Punk français de la fin des années 70 ont tenté en vain de se donner un genre, de chercher cette mélancolie du banlieusard sans jamais toucher au but. Hustler le fit, quelque part en 1985, à l'écart du temps et des poses.
« One Of My Friend » sonne comme une chanson de Rythm'N'Blues anglais du milieu des années 60. Elle rappelle les Pretty Things et les Troggs. Avec sa guitare à peine saturée, son refrain simple, faussement enjouée. Le morceau est brutalement lardé d'un chorus saignant.

« Need Some Fear » est un morceau hanté, une sorte d'incantation urbaine, de drug-song rampante, psychédélique, entre Velvet Underground et Pink Fairies. Il rappelle aussi le premier Proto-Punk de « Dirt » des Stooges. L'atmosphère est acide, gorgée d'écho. Le solo est un soleil noir, la lumière blafarde d'un lampadaire dans une nuit nimbée de brouillard. L'album se clôt sur le brutal « Methylated ». Nouvelle ode à cet alcool salvateur qui égaie les soirées des petites gens après une dure semaine de travail, noyant les chagrins et les angoisses. Le riff sonne comme une cartouche de chevrotine dans le ciel, tempête dans le crâne, comme Hawkwind.

C'est un sacré disque, qui aurait dû avoir un successeur, d'ailleurs quelques chansons furent composées, en vain. Un tel disque n'avait aucune chance en 1985, qui plus est en France. Trop rugueux, sans concession, aux influences trop Proto-Metal, trop pointues, pas assez évidentes pour le public Metal de l'époque, et trop agressives pour les fans d'Etienne Daho, Renaud et de Rita Mitsouko. Alors Hustler disparaîtra comme il vint. Il fera une petite tentative de retour en 2011, par nostalgie, mais sans lendemain. Alors Jérôme joue toujours de la guitare et chante dans l'anonymat du grand public, avec dans le coin du coeur ce disque unique. Il me fit l'honneur de m'en apprendre l'existence, jugeant sans doute que j'étais apte à en comprendre le sens profond. Balourd, j'ai mal jugé, parce que je ne l'avais pas écouté. Mais Jérôme m'avait initié, il savait sans doute que j'irais y jeter une oreille, et que je comprendrais l'âme de cet album. Merci Jérôme.

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dimanche 18 juin 2017

PARIAH 1989

"Satan change à nouveau de nom, et devient Pariah en 1988. "

PARIAH : Blaze Of Obscurity 1989

C'est une petite ville du Nord de l'Angleterre, blottie sur les côtes de la Mer du Nord. Quelques trois cent mille habitants sont fixés au bord de la rivière Tyne, dans une ville nommée Newcastle, à mi-chemin entre Leeds et Edimbourg en Ecosse. Cette ville fut pourtant le terreau de plusieurs formations majeures du nouveau Heavy-Metal anglais au début des années 80. A commencer par les terrifiants Venom, eux aussi de Newcastle-Upon-Tyne. Et puis il y eut un autre groupe fameux, notablement repris par les Thrasheurs multi-millionnaires de Metallica : Blitzkrieg. Le groupe original se forme autour du chanteur Brian Ross et du guitariste Jim Sirotto. Après plusieurs simples, des participations à des compilations et des cassettes vendus aux concerts, Blitzkrieg abandonne la partie. Ross forme ensuite un quatuor nommé Avenger, qu'il quitte au bout d'un simple, le temps de capter un morceau du répertoire de Blitzkrieg : « Too Wild To Tame ».

De l'autre côté de la ville, le bassiste de Blitzkrieg, Graeme English se lie d'amitié avec deux guitaristes : Russ Tippins et Steve Ramsey. Le batteur Sean Taylor finit de stabiliser le poste de batteur d'un groupe dont le nom se veut provoquant et dans l'air du temps : Satan. On est loin néanmoins de Venom, Satan ayant des capacités techniques autrement plus développées, et une ligne musicale largement plus ancrée dans le Heavy-Metal de tradition. Le poste de chanteur reste instable jusqu'à l'arrivée de Brian Ross, et le quintet est dans sa configuration légendaire. Après une bande démo vendue aux concerts en 1982, Into The Fire, Satan enregistre le mythique album Court In The Act en 1983. Le groupe interprète un Heavy-Metal vif et brutal, que l'on qualifiera plus tard de Speed-Metal ou Power-Metal, une sorte d'hybride entre le Heavy-Metal traditionnel d'Iron Maiden et ce qui deviendra officiellement le Thrash-Metal avec la publication des premiers albums de Metallica et Slayer aux Etats-Unis.

C'est que la course à l'armement bat son plein afin de tenir la distance au moment où la New Wave Of British Heavy-Metal s'essouffle face aux assauts du Metal noir venu du continent européen : Destruction, Hellhammer, Mercyful Fate…. Et les débuts fracassants du Thrash californien. Le mouvement anglais est en bout de course, après avoir pourtant influencer tout le nouveau Metal mondial de sa fusion de Heavy-Metal et de Punk. Satan est l'un des derniers groupes passionnants à émerger avec Savage, Jaguar, Cloven Hoof ou Grim Reaper. Mais rapidement, l'équilibre du groupe est brutalisé par le départ de Brian Ross, désireux de relancer son Blitzkrieg. Il est remplacé pour la tournée européenne par le chanteur Ian Swift, qui rejoindra ensuite Avenger, l'ancien groupe de …. Brian Ross. Le travail semble payer, et Satan se forme une base de fans dévouée, notamment en Hollande et en Europe du Nord.

Lorsque Swift part finalement pour Avenger en 1984, il faut trouver un nouveau chanteur. Tippins et Ramsey posent leur choix sur Lou Taylor, qui fait partie d'un projet monté avec l'ancien guitariste d'Angel Witch, Kevin Heybourne, et qui se nomme Blind Fury. Lorsque Heybourne part, Taylor reste seul avec le nom du groupe. Pendant ce temps-là, le reste de Satan commence à connaître de sérieuses difficultés à trouver des concerts, handicapés par un patronyme ouvertement sataniste, et qui les assimile à une nouvelle scène extrême dont ils ne font assurément pas partie. L'idée germe donc de changer de nom, d'autant plus que les nouvelles compositions sont plus mélodiques, notamment grâce à l'apport du chant de Lou Taylor, moins hanté et agressif. Le choix se porte sur Blind Fury, idée du chanteur, afin de capitaliser sur la maigre réputation de sa formation. L'album Out Of Reach paraît en 1985. Si l'album est plaisant, il n'a rien d'extraordinaire, et a surtout eu le triste effet de semer la confusion dans l'esprit des fans de Satan comme de Blind Fury, aucun ne retrouvant son groupe préféré dans ce nouveau projet.

L'étape Blind Fury finit par tourner court lorsque de nouvelles compositions sont lancées pour un second disque : Lou Taylor veut se diriger sur la voie du Hard-Rock mélodique à la Foreigner, là où Tippins, Ramsey, et English veulent rester dans une veine Heavy-Metal dure. Blind Fury prend fin, et en 1986, la petite équipe cherche un nouveau chanteur. Ils font la découverte d'un inconnu complet : un certain Michael Jackson. Il n'a bien sûr aucun rapport avec la star décolorée et déliquescente de la Pop internationale. Jackson est un rouquin trapu, mais au timbre puissant et râpeux. L'homme a aussi une plume acérée, capable de composer des textes complexes et engagés politiquement, ce qui sort la formation des clichés traditionnels du Heavy-Metal.

Ils ont pourtant une fausse bonne idée en décidant de se renommer Satan afin de raccrocher avec leur base. Le groupe a abandonné une imagerie diabolique typique du début des années 80 pour un look Mad Max très en vogue en cette seconde moitié des années 80. Le EP Into The Future paraît en 1986, et le nouvel album, Suspended Sentence, en 1987. Les deux disques sont d'excellente facture, et voit Satan orienter leur Speed-Metal hanté vers des horizons quasi Thrash par moments. La voix puissante de Jackson fait des miracles, et au Dynamo Open Festival en 1986 aux Pays-Bas, Satan fait un carton, même en plein jour.

Malgré tout, les difficultés liées au blase Satan refont surface : à nouveau assimilé à la scène extrême qui s'est largement développé avec la naissance du Black-Metal et du Death-Metal, le quintet voit aussi les portes vers les USA se fermer à cause des ligues de moralité qui posent bien des tracas à Iron Maiden, Ozzy Osbourne ou Judas Priest. Quant au carcan littéraire de l'évocation du Mal lié au nom du groupe, elle limite l'ambition de Jackson, qui voudrait s'orienter vers des sujets plus divers comme les problèmes sociaux, les guerres, la politique… Tippins et Ramsey veulent quant à eux laisser le côté hanté et démoniaque de leur Heavy-Metal emphatique, pour s'orienter vers une musique à la fois plus technique et plus directe dans son impact. Le Thrash-Metal devient clairement une source d'inspiration, et notamment des formations plus techniques comme Metal Church ou Megadeth.

Satan change à nouveau de nom, et devient Pariah en 1988. Ils conservent leur contrat chez le nouveau label allemand du Metal européen : Steamhammer. Ils publient le moyen The Kindred, qui n'a pas encore clairement défini son objectif musical. Les morceaux oscillent entre velléités Thrash et un Heavy-Metal plus massif, héritage poussif du premier album de Satan. La vraie révélation se fera un an plus tard, avec Blaze Of Obscurity.

C'est un album parfait, sans aucun temps mort, sans la moindre faiblesse, d'une inspiration perpétuelle de la première à la dernière note. Michael Jackson est vocalement impérial, et y a écrit des textes d'une incroyable richesse et d'une lucidité politique rare sur son époque. Sean Taylor, Graeme English, Russ Tippins et Steve Ramsey bétonnent un Heavy-Thrash-Metal technique de tout premier plan, à la fois instinctif et incroyablement précis. Il n'y a aucune démonstration gratuite, aucun effet inutile. La puissance, le feeling et la technique sont au service de huit morceaux aux atmosphères brutales mais aux climats bien distincts. Un petit point technique important : Russ Tippins et Steve Ramsey sont fidèles aux mêmes guitares depuis leurs débuts. Le premier joue sur une Fender Stratocaster noire comme le jais, le second sur une Gibson SG sunburst. Pas de Jackson, Ibanez ou BC Rich en vue, donc aucune usine à gaz pour thrasheurs lambda pour ces guerriers du son.

L'album s'ouvre sur l'impérial « Missionary Of Mercy », sans doute l'une des plus belles pièces de ce fantastique album. Riff percutant, batterie ravageuse, tempo d'enfer, Jackson hurle la colère du Thrash de la rue. Le riff démoniaque tournoie avant de s'arrêter brusquement et laisser place à un intermède massif, plombé, sur lequel Tippins et Ramsey s'envolent dans un solo de guitares en harmonie. Le phrasé de Jackson est ultra-efficace, lui permettant de débiter des textes complexes avec l'aisance d'un excellent rappeur, le timbre et le talent vocal en plus.

« Puppet Regime » réédite l'exploit du morceau ravageur, sur un tempo d'enfer, vif. Sean Taylor abat un travail rythmique impressionnant, faisant virevolter ses baguettes avec aisance sur ces tempi farouches. Graeme English est un bassiste efficace, sans fioritures, liant les guitares omniprésentes et la batterie sauvage. Les chorus de Tippins sont redoutables, précis, fins, sans démonstration gratuite, bien construits, apportant toujours un plus au morceau, secondé le cas échéant par son fidèle lieutenant, Steve Ramsey.

« Canary » vient mêler tempo matraqué et atmosphère noire et massive. Le refrain fait des ravages dans le cerveau, empreint de second degré et d'âpreté. Tippins et Ramsey alternent les soli, créant un tonnerre de chorus redoutables. L'évolution est tout de même stupéfiante entre le premier album de Satan en 1983, d'une facture de Heavy-Metal anglais extrêmement classique, et ce brûlot de Heavy-Thrash ultra-précis.

« Blaze Of Obscurity » débute comme une ballade délicate, avant d'exploser sur un refrain épique. L'accalmie est de courte durée, mais permet d'alterner les climats, et de ne pas rendre le disque monotone. C'est qu'il faut plonger dans cette musique mordante, sans compromis. Pariah aura tenté le coup du vidéo-clip afin d'attirer la télévision sur le titre le plus facile d'accès à l'heure des ballades Metal, sans succès.

« Retaliate » revient dans les climats brutaux de « Canary », fulgurance électrique sauvage au tempo matraqué et aux riffs noirs. « Hypochondriac » reste dans la même veine, unique composition du seul Russ Tippins. C'est un morceau de Speed-Metal, tournerie bruyante qui laisse apparaître en son sein un épais break au riff rageur. Ramsey et Tippins s'envolent dans des cavalcades de guitares échevelés qui aèrent l'atmosphère étouffante de ce morceau malsain.

« Enemy Within » retrouve le brio absolu des deux premiers morceaux de l'album, cette alternance de climats rapides et mid-tempo, ces cathédrales de riffs trépidants qui vrillent le cerveau. Le chant porte une ligne mélodique riche, qui atteint son climax avec le refrain d'une efficacité brillante, soutenue par un riff tendu en étendard fier.

« The Brotherhood » est une longue pièce à la structure complexe. Riff démoniaque râclant la poussière, rythmique trépidante, et puis le chant qui démarre sur un tempo rapide mais bien ancré. Jackson soutient une ligne de chant magnifique, épique, portant espoir et désespoir conjugués. C'est la violence du combat, les guitares rebondissent en tous sens avec le chant. Le travail de cohésion est simplement impressionnant. C'est qu'il faut une sacrée unité au sein de Pariah pour que ce genre de morceau soit efficace sans multiplier les ratés. Et nous parlons d'un disque capté en quelques jours entre mars et avril 1989 dans un studio en Allemagne, sur la fois de répétitions assidues et de prises en direct.


Blaze Of Obscurity est un sacré album, brillant de bout en bout, et qui aurait dû permettre à Pariah, alias Satan, d'enfin trouver la consécration au sein de la scène Metal de l'époque, à l'heure où Metallica, Anthrax et Megadeth sont devenus des valeurs sûres de l'époque. Pourtant, issu de la NWOBHM mourante, la scène européenne dominée par l'extrême, et le succès commercial squatté par le Glam-Metal US de Poison, Motley Crue, et WASP, il est bien compliqué pour Pariah et son parcours complexe de s'imposer. La lassitude des échecs va faire le reste, et le quintet va se dissoudre. Russ Tippins va se tourner vers les petits concerts de Blues dans les clubs, Jackson va abandonner sa carrière de chanteur. Il mourra au début des années 2000 dans l'anonymat. Quant à Steve Ramsey et Graeme English, ils vont fonder le populaire groupe de Folk-Metal Skyclad, goûtant enfin à la reconnaissance. English, Tippins, Ramsey, Taylor et le chanteur Brian Ross se retrouveront en 2010 pour reformer Satan dans sa version originale, et vont connaître un succès critique et public certain qui va leur permettre de jouer pour la première fois à travers le monde, après des années de combat Rock sans lumière.

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